La Mémoire du Site Industriel de Noyelles-Godault :
L’origine de Malfidano et de Penarroya !
MALFIDANO 1867 – 1920 & PENARROYA 1881 - 1920
Que savons-nous de l’histoire de notre usine, de la période avant et pendant la Grande Guerre dans les zones occupées? Que restera-t-il de l’histoire de notre usine qui s’appelait alors MALFIDANO ? …
Et combien de fois en parcourant la fameuse rue de MALFIDANO ou en lisant sur la façade cette date mystérieuse de 1894 nous nous sommes demandés qu’elle était cette mystérieuse Société MALFIDANO et ce qu’elle était devenue pendant ces années de la Grande Guerre. Un jeton de présence aux Assemblées Générales d’une Société Anonyme des Mines de MALFIDANO précise : « Ce jeton a été gravé par J. Lagrange sous le titre : mineur à la fin du XIXème siècle, il a été frappé à la Monnaie de Paris. Nous n’avons aucune information sur la Société des Mines de MALFIDANO »
Alors nous sommes partis à la recherche de la Compagnie perdue : MALFIDANO , société française, d’origine sarde et non andalouse comme on le pense généralement en la confondant avec PENARROYA ?
Le premier chapitre : Naissance de la Société Anonyme des Mines de MALFIDANO, tentera de répondre aux nombreuses questions : Comment cette société, née d’une véritable ruée vers les mines de Sardaigne a-t-elle pu connaître une telle folie boursière à Paris ? Pourquoi cette compagnie minière a-t-elle pris la décision de produire son propre zinc et de créer de toutes pièces une usine métallurgique sur le site de la Compagnie des Mines de Dourges ? Qui a fondé cette Société Anonyme des Mines de MALFIDANO. Nous découvrirons l’histoire d’aventuriers, de mineurs, de poètes, de trafiquants d’antiquités, de géologues et de mineurs envoyés par les compagnies minières à la recherche de ce métal nouveau : le zinc, mis à la mode à Paris par le Baron Haussmann. C’est l’histoire d’hommes et de femmes parfois extraordinaires, celle du fameux découvreur de la calamine de MALFIDANO, Jean Eyquem, l’homme qui voulait, dès 1851 construire une usine à zinc. C’est aussi l’Histoire d’une ville minière de MALFIDANO, Buggerru, « le petit Paris » surgie de nulle part. L’histoire de la mine sarde et des mineurs sera marquée pour toujours par la terrible tuerie de Buggerru, dont la responsabilité incombe à la Société MALFIDANO et son étrange directeur Achilles Giorgiades. Ces événements déclanchèrent la première grève générale d’Italie. C’est enfin l’histoire d’une famille propriétaire du terrain, qui déboisera et détruira l’environnement de la mine de MALFIDANO. Cette famille tentera d’exploiter illégalement la mine et sera condamnée par la Justice. Et de cette famille naîtra un génie de la peinture : Amadeo Modigliani
Puis nous découvrirons dans un deuxième chapitre : Création de l’usine de Noyelles-Godault, quelle était cette nouvelle usine à zinc, pourquoi et comment elle a été construite à Noyelles-Godault alors que la plupart des travailleurs vivaient avec leur famille à Courcelles-lès-Lens, dans une cité semblable aux cités des mines : la cité Monvoisin. Les fours à zinc de l’usine de MALFIDANO ont été décrits en détail dans le rapport du Jury International de l’Exposition Universelle de Paris de 1900. Avec les nombreuses photographies et cartes postales collectées pour l’exposition sur la vie du site et avec les documents collectés et versés au fond documentaire du Centre des Archives du Monde du Travail de Roubaix, toute la vie de l’usine et des travailleurs peut être reconstituée.
Dans le troisième chapitre : Le créateur de PENARROYA, sauve la mine d’Anzin et convoite l’usine MALFIDANO, Un certain Charles Ernest Ledoux fonde PENARROYA avec l’aide d’une « grande Maison de Paris » : la maison Rothschild. Ledoux, grand expert de la mine de charbon a orienté PENARROYA vers la production de zinc et cherchait un site, si possible en France. Si vous passez près d’Anzin dans le département du Nord, vous pourrez voir la fameuse fosse «Ledoux» qui marque le re-démarrage et le sauvetage de l’activité d’extraction du charbon dans une des plus anciennes compagnies celle des Mines d’Anzin, c’est bien là que l’une des plus grandes grèves a lieu du 21 février 1884 au 27 avril 1884 qui elle aura des conséquences économiques sociales et politiques importantes et non prévues : Émile Zola écrira son chef d’œuvre: Germinal, le syndicalisme en France se structurera et prendra une grande extension, avec les créations des premières « Chambres syndicales des ouvriers mineurs », celles d’Arthur Lamendin en 1882 pour le Pas de Calais, et celle du Nord, créée en 1883 par Émile Basly, héros de la grève d’Anzin, l’Etienne Lantier de Germinal ; la politique en France prit une orientation plus sociale avec la création d’une commission parlementaire (dite des 44) : « Commission d’enquête parlementaire sur la situation des ouvriers de l’agriculture et de l’industrie en France » dont le rapporteur était Clemenceau avec un certain, Charles Ledoux comme expert ; la gestion et la survie économique de la Compagnie des Mines d’Anzin ont été longuement étudiées par cette commission parlementaire. Après une gestion directe des actionnaires catastrophique, la Compagnie des Mines d’Anzin s’est trouvée devant un problème de survie. Les propositions de Ledoux furent acceptées et la fosse Chabaud-la-Tour put être utilisée en attendant le fonçage de la fosse « Ledoux » dont les deux puits furent creusés à Condé sur Escaut en 1900. Charles Ledoux fit adopter les techniques et méthodes nouvelles, qu’il enseignait à l’École des Mines : la planification, l’organisation rationnelle du travail , la mécanisation et mit l’accent sur les compétences, la formation et la sécurité.
Enfin, dans un dernier chapitre, la Grande Guerre, PENARROYA et l’usine MALFIDANO, nous nous interrogerons sur ce qu’était devenue l’usine de Noyelles-Godault pendant la Grande Guerre. Quand la Société PENARROYA est-elle intervenue la première fois dans les « affaires » de MALFIDANO ? Qu’en est-il de l’accusation portée contre les Sociétés Rothschild Frères et PENARROYA par le commandement français au début de la Grande Guerre de fournir le plomb des balles à l’ennemi ? Comment tout le commerce du plomb de PENARROYA qui était dans les mains de la Société Rothschild Frères, a-t-il pu passer juste avant la Grande Guerre, en 1910, à la Société allemande Metallgesellshaft. Et pourquoi sous la pression des alliés, a été créé le cartel : Minerais & Métaux, gérée de fait par Rothschild et PENARROYA, comprenant MALFIDANO et la bien mystérieuse Société Sopwith ? Pourquoi l’usine, en zone allemande, était-elle devenue la cible privilégiée de l’artillerie des alliés ? Que faisaient donc au château, ces étranges visiteurs, l’as de l’aviation allemande Von Richthofen, le Baron Rouge et le sinistre et futur maréchal Goering ? Comment l’usine, devenue base allemande et dépôt de munitions pour alimenter toutes les lignes de l’occupant, a été réellement détruite ? Destruction par les bombardements alliés et/ou par le dynamitage systématique des usines et des infrastructures par l’occupant en fuite ? Comment l’usine MALFIDANO s’est-elle trouvée au cœur d’une des premières batailles aérienne et terrestre de l’Histoire, la bataille terrestre de Vimy et la bataille aérienne d’Arras ? Combien de fois nous sommes-nous interrogés sur ce qu’étaient devenus ces enfants au travail après la mobilisation d’août 1914 ? Chargeaient-ils les camions d’obus qui allaient s’abattre sur leurs pères mobilisés de l’autre coté du front ? L’histoire des hommes et surtout des femmes pendant la terrible occupation de la Grande Guerre reste à écrire. Que restera-t-il de notre histoire et celle du site si nous n’y prenons garde ? … Une carte postale, quelques photographies jaunies, quelques souvenirs, mais peu de documents. Nous entendons de toutes parts, de nos amis, de notre famille, qu’il est temps de tourner la page. Et bien avec ce livre, nous pourrons tourner la page de l’histoire de l’usine MALFIDANO, de ces hommes, de ces femmes et de ces enfants, qui avaient leur travail à Noyelles-Godault et leur logement à Courcelles-lès-Lens: Ce sera aussi l’histoire du site et enfin l’histoire des compagnies MALFIDANO – PENARROYA et Rothschild Frères – METALEUROP.
Alors nous pourrons raconter à nos enfants et nos petits enfants : Il était une fois, une usine métallurgique … sa construction débuta le 26 janvier 1894 sur un site localisé à Noyelles-Godault, puis elle grandit sur le territoire de Courcelles-lès-Lens, et avec la chute de la grande cheminée, le 17 mars 2006, ce fut la fin de l’histoire de la métallurgie sur le site.