METALEUROP, 3 ans après … FONDRE EN CHOEUR
Histoire du site : de l’aube de la métallurgie à la renaissance industrielle.
Le 17 mars 2006 à 10 heures, la grande cheminée de l’usine de METALEUROP-Nord sera abattue. Cette date marquera la fin de la métallurgie du plomb et du zinc sur le site de METALEUROP, et l’entrée du site dans une nouvelle ère d’économie de recyclage. Bien sûr toute l’histoire du site et des riverains de l’usine reste à écrire, bien sûr toutes les installations métallurgiques et fours seront détruits, mais bien sûr naîtront plusieurs petits ateliers de recyclage qui redonneront vie au site et recréeront de l’activité et emplois.
De l’aube de la métallurgie à la fermeture
Dès 1894, à l’aube industrielle, on produisait déjà du plomb et du zinc dans l’usine de la Société Française de MALFIDANO. Si notre usine a changé souvent de nom, elle n’a pas changé d’adresse tout au long de ces 110 années de production : rue MALFIDANO. Et dès l’origine, le site était déjà desservi par les trois lignes de transports eau, rail et route. Le site, localisé sur le canal de la Haute Deûle aménagé dès le 17ème siècle, est raccordé au chemin de fer de la ligne Paris Lille sous la bannière de la Compagnie du Nord créée en 1883 et enfin à la route reliant la capitale française au Nord de l’Europe, existait depuis l’époque gallo-romaine. Ce Delta 3 avant la lettre, localisé à proximité du charbon, était créateur d’activité et d’emploi et manifestait une volonté de développement industriel, c’était la révolution industrielle. Dès la création du site et jusqu’en 1962 date de l’installation du procédé Imperial Smelting, on y a produit du zinc selon l’ancien procédé de creusets horizontaux. Pour produire alors, il fallait non seulement du minerai de zinc grillé, du charbon maigre, de la terre à poterie et surtout beaucoup de main d’œuvre : des femmes, des hommes venus de tous pays ou de toutes régions de France, attirés par le développement de l’industrie métallurgique et minière. Ils apportaient leur compétence et leur savoir-faire, mais les conditions de travail étaient terribles. Noyelles-Godault et Courcelles-lès-Lens étaient connues de la planète entière pour abriter un grand site métallurgique des non ferreux avec des usines constamment modernisées, si bien que le Grand Dictionnaire Encyclopédique Larousse prendra pour illustrer les mots plomb et zinc, les schémas de ces usines La « filiale » METALEUROP-Nord a été créée en octobre 1994 à la suite des graves accidents de l’atelier de raffinage du zinc. On a appris récemment que METALEUROP-Nord existait déjà depuis plus d’un an sous le nom de FRIEDMANN MESSINE. La fermeture du site était déjà rendue possible à tout moment.
La grande aventure des métaux spéciaux
L’histoire des métaux spéciaux sur le site reste à écrire, elle a commencé avec la production de bismuth ultra-pur. Le grand développement de la production de l’indium et du germanium a pu se faire quand l’usine à zinc moderne, la seule au monde à raffiner toute sa production de zinc a récupéré la totalité des petits métaux qui s’accumulaient dans ses circuits. L’exploitation en 1975 de la mine de Saint-Salvy a amené du germanium sur le site et a conduit à la grande aventure des métaux spéciaux. L’usine moderne de production de métaux spéciaux, entièrement conçue, réalisée et exploitée par les salariés de METALEUROP a été totalement oubliée des médias plus portés à décrire une vieille usine noire. Mais le site hébergeait l’usine la plus importante au monde de production d’indium et de germanium avec 30 tonnes de germanium et 60 à 70 tonnes d’indium, soit le quart de la production mondiale d’indium neuf. La fermeture du site a bouleversé la donne mondiale des métaux spéciaux et a mis en péril le développement des écrans plats (TV, ordinateurs, montres et autres écrans) Le produit miracle est l’ITO, oxyde d’indium et d’étain, semi-conducteur qui, en couche mince conduit l’électricité et la lumière et qui permet donc de produire des téléviseurs à écran plat sans les énormes tubes cathodiques qui les alourdissent. L’indium n’a pas de produit de substitution alors que d’autres applications en fort développement se trouvent ralenties faute de métal. Les cours de l’indium sont passés de 80 $/kg à la fermeture à 1100 $/kg aujourd’hui et rendraient aujourd’hui l’usine du site très profitable, pour une production de 70 tonnes par an, l’amélioration du résultat serait de 60 millions € pour le seul indium. Dans le même temps les cours du plomb et du zinc ont été plus que doublés.
Renaissance du site : AGORA
Nous nous demandons ce qui restera du site et ce que nous pourrons montrer à nos enfants, petits enfants et amis à la fin de la déconstruction. Il ne restera rien des outils de production de plomb, de zinc, des métaux spéciaux et des ateliers de plomb ouvré sauf peut-être la tour à plomb de chasse, symbole de 110 années d’activité métallurgique sur le site. Mobilisons-nous pour qu’elle soit sauvée et qu’elle devienne la plus haute construction du site avec ses 60 mètres quand la grande cheminée sera définitivement abattue. Cette tour, construite en 1924 avec une technologie unique en Europe à l’instar des gratte-ciel américains a été financée par les dommages de guerre et elle symbolise l’arrivée de PENARROYA et la renaissance de la métallurgie sur le site après la destruction totale de tous les ateliers en 1917. Aujourd’hui comme alors, le site ne sera ni laissé à l’abandon, ni transformé en friche industrielle, il reprendra vie et comme le montre le sigle de Chœurs de Fondeurs, le phénix renaîtra de ses cendres : le soleil se lève sur une lingotière, symbole du vieux métier de fondeur où s’épanouit une fleur aux couleurs des métiers de METALEUROP. L’activité de déconstruction avance vite, le site deviendra une pépinière d’ateliers de recyclage avec de nombreux projets industriels : collecte et valorisation des pneus usés, collecte et démantèlement des véhicules hors d’usage, valorisation des équipements électriques et électroniques, traitement des terres polluées, valorisation des déchets verts, et quelques autres projets sont à l’étude. Le site s’appelle désormais AGORA, mais pour nous, il sera toujours situé rue MALFIDANO.
Exposition
Le numéro n° 10 de l’écrit du chœur, décrivait le travail effectué par les ex-salariés bénévoles pour sauver les archives de la destruction ou de l’oubli, de les classer afin de les conserver aux Archives du Monde du Travail à Roubaix, pour qu’ils soient accessibles aux historiens et aux futures générations. Parallèlement, nous avons entrepris de sauvegarder et de rassembler les outils, lingotières, petits équipements de sécurité, casques, masques, bottes et vêtements de sécurité, mais aussi des maquettes, documents divers, photos, livres et films documentaires, pour qu’il reste une mémoire du passé et nous souhaitions les présenter au public. De même, la société SITA désirait présenter tous ses projets industriels à la population. Et c’est ainsi que l’idée d’une exposition est née avec beaucoup d’enthousiasme et une équipe de bénévoles s’est constituée autour de Bernadette SZLAPKA . Cette équipe est chargée de préparer cette exposition autour des photographies anciennes ou plus récentes de Jacques WYART, souvent inédites sur l’histoire du site, des maquettes, d’un film documentaire retraçant l’histoire du site et tous objets sauvés de l’oubli.
C’est pourquoi Chœurs de fondeurs en coopération avec l’Education Nationale, SITA, ACE, et avec le concours des mairies et de nombreux autres sponsors, ont décidé d’organiser une grande exposition. Les anciens de METALEUROP-PENARROYA, aidés de nombreux autres amis bénévoles seront ravis de vous accueillir à leur exposition du 25 mars au 04 avril 2006 à la salle Cosec de Courcelles-lès-Lens ; l’entrée est libre.